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LA PRÉVENTION DES INFECTIONS NOSOCOMIALES

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Il faut distinguer :

  • Les six mesures de base applicables dans tous les établissements de santé
  • Les mesures additionnelles selon le site d’infection, par exemple : infections du site chirurgical, bactériémies associées aux cathéters veineux centraux, infections urinaires associées aux cathéters vésicaux etc… Elles s’adressent essentiellement aux professionnels et ont moins d’intérêt pour les patients et leurs familles, qui doivent cependant connaître certaines d’entre elles. Par exemple les patients doivent être encouragés à demander chaque jour si le cathéter vésical qu’on leur a posé est toujours nécessaire.

Les 6 mesures de base

  1. Dépistage des malades à risque à l’admission - (voir ci-après ce qu’est un malade à risque).
  2. Isolement des patients reconnus à risque potentiel dans une chambre privée. L’isolement en cohorte est préférable à l’absence d’isolement, mais n’est pas la solution optimale. On ne peut d’ailleurs pas isoler dans la même cohorte des patients contaminés par le SARM avec ceux contaminés par le C.difficile. Ils vont alors se transmettre leur bactérie les uns aux autres.
  3. Hygiène des mains avant et après tout contact avec un patient, qu’il soit à risque ou non.
  4. Mesures «barrières» : port de blouse, de gants, masques etc… avant tout contact avec un patient à risque, à signaler que le port de gants n’exclut jamais le lavage des mains.
  5. Hygiène de tout l’environnement : literie, meubles, téléphone, claviers d’ordinateurs, commandes de télévision, bouton de sonnette d’appel, brassards des appareils de prise de pression sanguine, stéthoscopes, planchers et toutes surfaces planes, boutons de porte etc… Une chambre d’hôpital doit être nettoyée et éventuellement désinfectée une fois par jour et chaque fois que nécessaire dans la journée en cas de souillure, par un personnel ayant reçu une formation spécifique. On considère généralement qu’il faut dans chaque unité de soins 2 préposés spécialisés dans l’entretien pour 30 patients et par période de travail. Une chambre où a séjourné un patient contaminé doit être rigoureusement désinfectée avant d’être occupée par un autre patient, ce qui peut demander plusieurs heures. Il est évident qu’un taux d’occupation des lits trop élevé, avec de nombreux patients en attente d’une hospitalisation est un obstacle à l’application rigoureuse de cette mesure et favorise le développement des infections dans l’établissement. Les brassards des appareils de mesure de la pression artérielle, les stéthoscopes doivent être nettoyés à l’alcool avant et après chaque utilisation…
  6. Contrôle de l’utilisation des antibiotiques pour prévenir le développement de la résistance des bactéries à ces traitements. D’après les études les plus récentes aux Etats-Unis et en Europe, au moins 30% des prescriptions d’antibiotiques sont inutiles ou inadéquates (choix de l’antibiotique, dose inadaptée…). Cette mesure demande une information et une sensibilisation non seulement des médecins mais des patients, donc du grand public, trop souvent demandeurs d’antibiotiques par manque d’information. Il existe maintenant des tests permettant au médecin de savoir rapidement si l’infection est bactérienne ou virale. Dans ce dernier cas, les antibiotiques sont inutiles.

Qu’est-ce qu’un patient à risque

Les principaux facteurs de risque d’infection nosocomiale sont :

  • L’environnement, défini comme la présence dans des structures ou des lieux où sont délivrés des soins. Sont ainsi concernés non seulement les patients, mais le personnel soignant et les visiteurs.
  • L’acte de soins quel que soit le lieu où il est délivré, et la personne qui l’a pratiqué. Le personnel soignant est le principal vecteur de contamination.
  • Le patient lui-même

Le patient doit être considéré comme potentiellement à risque au moment de sa prise en charge en raison :

  • De son âge:les gens âgés (65 et plus) tout comme les jeunes enfants, les nouveaux-nés et les prématurés particulièrement à risques en raison d’un système immunitaire affaibli ou non encore développé.
  • De sa colonisation par un germe pathogène sans présenter une infection active. Doivent être ainsi considérés comme potentiellement colonisés les patients qui ont séjourné dans un autre hôpital au cours des mois précédant l’admission ; qui ont séjourné récemment dans un pays ou une région ou des infections comme le SARM sont à l’état endémique (les USA par exemple), ceux qui exercent des professions les exposant à être colonisés par une bactérie pathogène comme le personnel soignant, ou encore ceux qui travaillent au contact d’animaux. Les porcs en particulier, sont connus pour être porteurs de souches de SARM transmissibles à l’homme.
  • De son traitement ou de la gravité de sa maladie : cancer, diabète, chimiothérapie etc…

Tous ces patients à risques doivent être d’abord hospitalisés en chambre privée puis testés pour confirmer ou non leur colonisation.

Le fait qu’un patient soit colonisé au moment de l’admission n’exonère pas l’établissement de soins, ni le professionnel, de sa responsabilité en cas de survenue d’une infection pendant l’hospitalisation ou à l’occasion de soins externes. Accepter de prendre en charge un patient entraîne l’obligation de mettre en œuvre l’ensemble des moyens de prévention conformes aux normes reconnues. La prestation de soins sécuritaires est inscrite dans la loi québécoise (loi 113).


Conclusions

La non observance de l’hygiène des mains par près de 60% du personnel soignant montre :

  • Que la sécurité des soins n’est plus une priorité dans nos systèmes de santé, au Québec comme ailleurs dans le monde (voir Défi Mondial pour la Sécurité des Patients – octobre 2005).
  • Que le modèle de gestion traditionnel de nos systèmes de santé ne répond plus à l’évolution technique des pratiques médicales ni aux besoins, aux attentes et aux droits des usagers en ce qui concerne l’accessibilité, la sécurité et la qualité des soins (voir : Rapport OMS 11-14 septembre 2005 sur le financement des soins de santé ; Rapport OCDE 2004 sur ce même sujet ; Rapport du Conseil Canadien de la Santé – février 2006 : Health Care Renewal in Canada (Clear the road to quality ; Euro Canada Health Consumer Index. 21 janvier 2008).
  • Que la gestion soit privée ou publique, la performance du système ou d’un établissement ne peut plus se mesurer seulement à leur capacité d’offrir les techniques de soins les plus perfectionnées. Elle se mesure avant tout à sa capacité d’offrir des soins accessibles, sécuritaires et de qualité aussi bien dans le domaine technique, que dans celui de l’accueil, du respect de la dignité et de l’intimité du patient, de son information sur sa maladie et ses droits, de sa participation à la gestion etc… Il s’agit d’un profond changement de culture qui nécessite des efforts continus et à long terme.


Le risque infectieux associé aux soins ne doit plus être considéré comme une fatalité mais comme un «accident médical» ou «évènement indésirable» évitable à l’égard duquel la seule politique efficace est «tolérance zéro».

Chaque infection, comme tout autre accident médical est inacceptable et doit être analysé pour en trouver les causes et permettre qu’elle ne se reproduise plus pour une amélioration continue de la qualité sécuritaire des soins. C’est une gestion centrée sur les patients, ses besoins et ses droits telle qu’elle est recommandée aussi bien aux Etats-Unis, en Europe et par l’OMS.

L’expérience montre que l’on ne peut demander la mise en place de l’ensemble des mesures de prévention qui remplissent les dizaines de pages du guide de bonne pratique sans une prise de conscience de leur nécessité et de leur efficacité par l’ensemble de la collectivité aussi bien des professionnels et gestionnaires que des usagers et du public.

La même expérience montre également que le moyen le plus efficace pour obtenir cette prise de conscience est de définir, dans un premier temps, un petit nombre de mesures facilement compréhensibles et applicables par 100 % de cette collectivité. Elles peuvent varier suivant les établissements. Mais l’hygiène des mains est reconnue unanimement comme incontournable dans tous les cas. A elle seule, elle permet déjà en quelques mois d’éviter au moins 50% des infections nosocomiales.

 

Des chiffres qui parlent:

Les infections associées aux soins nosocomiales (contractées à l'hôpital) font chaque année autant de victimes que le cancer du sein, le sida et les accidents de la route réunis au Québec comme au Canada.
au Québec seulement chaque année:

  • 1 patient sur 11 infecté soit 90 000 patients touchés (9%)
  • 4000 décès

En France:

  • 4,9% aux dernières statistiques de 2008 - 11% en 1998: cette baisse est attribuable à une prise en main généralisée de la lutte contre les IN par l'ensemble des hôpitaux comme par le Ministère de la Santé.

Un exemple parmi d'autres des mesures prises dans un hôpital français:


Au moins 50% ont évitables avec une bonne hygiène des mains.Ce serait déjà un bon début au Québec ou Canada!
 
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