Source: JIM,fr, Journal international de médecine (France)
Un article qui souligne un aspect non négligeable de la lutte contre les infections nosocomiales, la rétiscence du personnel soignant comme des directeurs d'hôpitaux à déclarer les infections nosocomiales. Pour le soignant ou l'hôpital, reconnaître l'infections c'est comme avouer une négligence voire une faute. Pourtant de nombreuses études tendent à démontrer que ces infections sont souvent causées par des problèmes de gestion et d'environnement bien plus que par négligence ou faute professionnelle. On doit faire évoluer le milieu médical pour sortir de cette attitude contre-productive de recherche du coupable qui nuit grandement à une bonne prévention et contrôle des ces maladies. Déclarer les infections nosocomiales en temps réel, avec toutes les variables que cela implique, est la seule manière d'établir un constat à partir duquel on pourra mettre en place des mesures de prévention. Ne pas déclarer, c'est faire l'autruche et ce sont les patients qui sont les dindons dans ce cas!
Voici l'article du JIM du 26 avril 2011.
«Paris, le mardi 26 avril 2011 – Ces dernières années ont vu émerger au sein des établissements hospitaliers une véritable prise de conscience de la nécessité de lutter activement contre les infections nosocomiales qui ne sont désormais plus considérées comme une fatalité. En témoignent les résultats publiés désormais chaque année par le ministère de la Santé et qui consistent en un classement des établissements en fonction des mesures mises en œuvre dans ce domaine. La dernière édition révélait qu’en 2010 92 % des hôpitaux étaient rangés en catégorie A et B, contre 89 % l’année précédente.
Nouvelles menaces et bilan général toujours décevant
Cependant, la bataille est encore loin d’être gagnée comme le rappellent les éditorialistes du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de ce 26 avril intégralement consacré aux infections nosocomiales. En effet, en Europe, entre 5 à 10 % des patients contractent au moins une infection nosocomiale à l’occasion d’une hospitalisation (5 % en France selon des données datant de 2006). On considère en outre que ces dernières sont responsables en France de 2,8 % des décès hospitaliers, soit 4 200 décès chaque année précisent Jean-Claude Desenclos de l’Institut de veille sanitaire et Christian Brun-Buisson de l’hôpital Henri Mondor (Créteil). Au-delà de ce bilan général qui appelle à la vigilance, de nouvelles menaces invitent à la mise en place de « stratégies de prévention innovantes » écrivent les deux spécialistes. Ils citent notamment l’augmentation des infections à entérobactéries productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (EBLSE) et l’apparition « d’épidémies de bactéries pan résistantes ».
Des soignants pas toujours prêts à reconnaître ce qu’ils ressentent comme une « faute »
Aussi semble-t-il plus que jamais nécessaire de renforcer le système de surveillance qui repose notamment sur la signalisation de ces infections. Or de nombreux freins restent encore à dépasser pour obtenir une parfaite transmission des informations sur ces événements. Une enquête qualitative menée en 2009 dans 12 établissements a permis d’identifier les nombreuses réticences qui demeurent en la matière. Les réponses des 187 praticiens interrogés (médecins, pharmaciens, infirmiers) ont en effet mis en évidence que si les infections nosocomiales pâtissent encore parfois d’un défaut de signalement c’est qu’elles restent associées à l’idée de faute professionnelle. « De nombreux soignants interrogent voire contestent le caractère nosocomial des infections à germe endogène ou encore soulignent les « complications » inévitables à certains actes » écrivent à cet égard Christine Quélier et coll. de l’Université de Bordeaux. Conséquence de cette perception de l’infection nosocomiale comme révélateur d’une erreur, le signalement est parfois vécu comme une « délation ». Enfin, des obstacles administratifs sont également mis en avant : le caractère « chronophage » de cette activité ou encore le « manque » de « lisibilité » des modalités du signalement externe sont cités. Cependant, en dépit de ces freins, l’enquête a permis d’établir que si les événements considérés comme les moins graves sont souvent passés sous silence, les infections les plus inquiétantes sont rarement tues.
Vers une transmission électronique des informations ?
Dès lors, comment améliorer l’image du signalement des infections nosocomiales auprès des soignants ? Il semble en la matière que les pharmaciens hospitaliers puissent avoir un rôle à jouer. En effet, l’enquête a permis de mettre à jour qu’un président de Centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales (CCLIN) doué d’un fort engagement avait un impact positif sur les habitudes de signalement des équipes. Or, ces présidents de CCLIN sont fréquemment des pharmaciens hospitaliers. Il semble notamment nécessaire que les responsables de ces structures et des équipes opérationnelles d’hygiène hospitalière (EOH) soient présents au sein des services. Enfin, les obstacles administratifs pourraient être réduits par la mise en place d’e-SIN, projet lancé en 2008 par l’INVS dont l’objet est de « permettre un signalement des infections nosocomiales par voie électronique ». Aujourd’hui, ce dispositif est testé dans huit régions. Sa mise en œuvre dans l’ensemble du pays qui signerait la fin de la transmission papier des informations est prévue pour le 1er janvier 2012.
Aurélie Haroche
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