L'apparition de NDM1,(New Delhi metallo beta lactamase) - appellée à tort «super bactérie ou super bug» confirme une réalité connue du milieu médical: les bactéries multi-résistantes sont en progression et la médecine actuelle se retrouve dans un véritable cul-de-sac pour les traiter.
En fait, NDM1 n'est pas une bactérie mais un gène de résistance qu'on vient de découvrir et qui s'est diffusé dans plusieurs types de bactéries déjà résistantes. Ce gène les rend encore plus virulentes et beaucoup plus difficiles à traiter avec les antibiotiques usuels. Un ou deux antibiotiques sont encore efficaces mais pas dans tous les cas. On est donc vraiment en présence d'une impasse dans le traitement de certaines infections.The Lancet, publication médicale britannique très respectée, met en garde contre ce nouveau facteur de résistance et demande la mise en place d'un réseau de surveillance international.
Les conséquences de cette résistance sont déjà présentes dans nos pays occidentaux.
Des bactéries pathogènes très courantes sont affectées, comme la fameuse E.coli responsable de nombreuses infections urinaires en particulier chez les femmes, et à l'hôpital «des infections nosocomiales chez des patients déjà fragilisés - infections pulmonaires, septicémies, infections sur cathéter, etc. Dans ces derniers cas, le risque de mortalité pourrait être élevé» (Professeur Patrice Nordmann dans une entrevue avec Le Point, août 2010).
Les maladies transmises sexuellement qui sont en augmentation dans tous les pays, deviennent de plus en plus difficile à traiter et ainsi se répandent encore plus facilement.
La résistance bactérienne: une realité biologique.
les bactéries (ou microbes) sont des organismes vivants qui ont une excellente capacité à s'adapter à leur environnement. Ainsi, les bactéries pathogènes (qui déclenchent des maladies) sont capables de développer des résistances aux antibiotiques chargés de les éliminer. C'est un peu comme les missiles anti-missiles...
Le phénomène est bien connu depuis la découverte en 1929, par A. Flemming, du premiers antibiotique: la pénicilline, utilisée comme médicament courant seulement à partir de 1941. La pénicilline a donné le faux espoir de pouvoir mettre fin aux maladies infectieuses.
En 1943, l'apparition des premières souches de Staphylococcus Auréus résistantes à la pénicilline, démontra que les bactéries s'adaptaient au traitement en développant une résistance aux antibiotiques.
1961, un nouvel antibiotique très puissant, la méthicilline permet de traiter ces infections résistantes à la pénicilline.
1963, apparition d'une nouvelle souche de staphylocoque résistant à la méthicilline: le SARM. Le SARM est devenu depuis une menace permanente à la sécurité des soins dans les hôpitaux. Aux États-Unis, il est maintenant considéré à l'état épidémique tant il est répandu. Au Québec comme au Canada, le taux de SARM a augmenté de 17% entre 1995 et 2007 (Journal of Infection Control and Epidemiology., avril 2010).
Dans les années 2000, c'est le C.difficile qui a fait les manchettes au Québec, avant de s'étendre à l'ensemble du Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays européens. Cette bactérie, courante dans les hôpitaux et centres de soins, venait de muter en une nouvelle souche, très toxique, difficile à éradiquer et cause de nombreux décès.
La menace de la résistance bactérienne est donc bien réelle et très préocupante, même si elle n'est pas nouvelle!
La médecine moderne se retrouve devant un danger qu'elle a malheureusement contribué à développer.
- La résistance aux antibiotiques augmente la virulence des maladies.
- Pour les combattre, il faut utiliser des antibiotiques plus puissants, à des doses plus fortes. Il existe maintenant des bactéries résistantes à plusieurs familles d'antibiotiques, rendant la guérison presque impossible.
Mais les hôpitaux ne peuvent pas se passer des antibiotiques pour lutter contre les maladies graves. Les hôpitaux sont devenus ainsi des foyers de développement de la résistance bactérienne. Cette résistance s'est maintenant transmise à des bactéries présentes dans la population en dehors des centres de soins. Les coûts des traitement de ces infections augmentent de beaucoup les coûts des soins aux patients affectés. Ces coûts ajoutent à la surcharge financière qui affectent les systèmes de santé déjà à bout de souffle comme celui du Québec.
Quoi faire? Des solutions existent déjà. Il faut les renforcer et surtout les appliquer.
Selon l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) les pays devraient mettre en place des mesures sanitaires de prévention et contrôle des infections nosocomiales très strictes, pour éviter la propagation des ces «super bactéries ».
Rappel des mesures de base
- détection de ces bactéries à l'admission dans les hôpitaux le plus rapidement possible. Des tests rapides existent pour le SARM et le C.difficile en particulier.
- Isolement des patients à risque ou déjà infectés.
- Hygiène des mains du personnel soignant et des patients strictement appliqué (lavetesmains.net)
- Hospitalisation des patients en chambres individuelles avec toilette non partagées.
- Hygiène de l'environnement renforcée.
Ces mesures sont certainement difficiles à appliquer strictement et elles sont beaucoup moins «glorieuses»» que toutes les techniques médicales modernes high tech très valorisantes pour les personnels soignants et les industries pharmaceutiques et associées. Il existent d'autres mesures plus techniques qui diminuent énormément le risque infectieux. Elles ne sont pas appliquées partout. Pourquoi? Parce que le personnel médical comme tous les humains a beaucoup de difficulté à changer ses pratiques même devant l'évidence d'amélioration certaine.
La publication obligatoire de leurs taux d'infections par les hôpitaux et centres de soins est certainement une autre mesure qui obligerait le monde médical à réagir plus rapidement. Cette publication est une réalité en France et dans plusieurs autres pays dont 26 états américains.
Autre mesure clef: diminuer l'usage abusif des antibiotiques pour éviter l'augmentation des résistances bactériennes.C'est une autre bataille à la fois médicale et commerciale.
Dans la question de la résistance aux antibiotiques, il faudrait prendre en compte, les quantités d'antibiotiques que nous ingérons à travers la nourriture.
Des actions mises en place depuis la découverte de NDM1
En Europe, depuis 2 ans, les autorités sanitaires ont lancé des campagnes contre l'usage abusif des antibiotiques «les antibiotiques, c'est pas automatique» afin d'inciter les médecins à réduire les prescriptions d'antibiotiques. La campagne a conduit en France à une réduction de 35% des prescriptions d'antibiotiques.
D'autres pays, notamment les pays scandinaves et les Pays-Bas, contrôlent depuis longtemps leurs taux d'antibiotiques avec des conséquences positives sur les taux d'infections nosocomiales.
L’European Center for Disease Control (ECDC) vient de démarrer une grande étude d’évaluation des facteurs de risque de transmission et des mesures actuellement mises en place dans les établissements européens.
En France, et dans d'autres pays européens, les autorités sanitaires viennent d'instaurer une obligation d'isolement pour les patients qui entrent à l'hôpital s'ils ont séjourné récemment dans un des pays foyer de NDM1.
La question que tout le monde se pose: pourquoi ne pas développer de nouvelles familles d'antibiotiques pour combattre ces super bactéries?
Certainement, il faudra y arriver. Mais il ne faut pas oublier que "nouvel antibiotique égale nouvelle résistance". Le combat paraît très inégal. Les grosses industries pharmaceutiques ont largement négligé la recherche dans ce domaine en raison des coûts importants qu'ils représentent. Les gouvernements et les autorités médicales ont laissé faire. D'autres approches médicales doivent être explorées.
La prévention: voie de l'avenir pour la médecine
La réalité actuelle démontre que les mesures de prévention strictement appliquées restent le meilleur moyen de combattre les infections et notamment les infections associées aux soins. Les hollandais appellent cette méthode «search and kill» «détecter et éliminer». Elle les sert bien.
Pourquoi ne pas l'appliquer partout?
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