Un article du journal américain Oncology Nursing News, fait le point sur la lutte contre les infections nosocomiales aux États-Unis et montre que c’est à travers des approches globales impliquant l'ensemble des intervenants hospitaliers qu’on réussit à prévenir et diminuer les taux d’infections nosocomiales.(Oncology nursing news-Sept 29- 2009 «Hospital-acquired Infections Require Comprehensive Approach» by Ben Contillo.
Ces infections, talon d’Achille des soins de santé, ont des conséquences humaines et économiques considérables dans nos systèmes de santé de plus en plus coûteux.
- Chaque jour, 250 américains meurent d’une de ces infections
- Les patients cancéreux en chimiothérapie y sont particulièrement vulnérables
- Même si toutes ne sont pas mortelles, elles compliquent le traitement et prolongent les durées de séjour hospitalier.
- Selon les chiffres publiés en Pennsylvanie, les patients souffrant d’une infection nosocomiale sont en moyenne hospitalisés 3 fois plus longtemps que les autres et leur traitement coûte 4 fois plus cher qu’un patient non infecté.
- La résistance aux antibiotiques de certaines bactéries est devenue problématique en rendant les traitements de plus en plus complexes et à risque pour les patients.
En plus de créer des problèmes de santé et de traitement, les infections nosocomiales sont également sources de coûts exorbitants et remettent en question les pratiques de gestion et de financement des hôpitaux. On estime à 30 milliards de dollars par an les coûts associés à ces infections aux États-Unis.
Les mesures de prévention
Il est difficile de faire l’évaluation des bénéfices d’une seule mesure de prévention.
Le non remboursement des coûts aux hôpitaux de certaines infections jugées «évitables» dans le cadre du programme «Never event penalty» peut avoir des conséquences contre productives. Rappelons que dans le cadre de ce programme, le Medicare, comme des compagnies d’assurance privées, ne remboursent plus les coûts associés à des infections jugées évitables. C’est l’hôpital qui doit payer pour ces coûts. Cette mesure a pour objectif d’obliger les hôpitaux à adopter les mesures de gestion nécessaire pour prévenir certains types d’infection. Toutefois, certains hôpitaux, ayant ainsi perdu des fonds, ont renvoyé du personnel, rendant ainsi la lutte contre les infections encore plus difficile. Les bénéfices de cette mesure ne sont pas encore bien évalués. De nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour mesure l’impact d’une seule mesure. Par exemple, le JAMA a publié une étude en 2009 (2009;301[7]:727-736) qui montre que les taux de SARM ont baissé dans les unités de soins intensifs, contrairement aux idées reçues, et que la cause de cette baisse est certainement l’application des recommandations du CDC (evidence-based prevention guidelines) en matière de prévention des infections associées à des cathéters veineux centraux.
Les infections urinaires sont les infections associées aux soins les plus courantes dans les hôpitaux. Même si la plupart sont rapidement contrôlées, elles n’en restent pas moins une source inutile de souffrance pour les patients et de coûts additionnels pour les hôpitaux. Pourtant, selon une étude récente Clin Infect Dis. 2008;46[2]:243-250, la gestion du contrôle des ces infections semble totalement erratique dans la plupart des hôpitaux. Les mesures pour les prévenir sont bien connues :
• Utilisation de cathéter avec revêtement antimicrobien
• Agents antimicrobien dans les sacs qui collectent les urines
• Scanner à ultrason portable pour déterminer si la vessie du patient se vide bien sans utilisation d’un cathéter.
• Liste de vérification
• Équipe de contrôle des infections urinaires par cathéter.
• Etc.
L’étude a montré que la gestion des infections urinaires associées à des cathéters était tout à fait chaotique : la moitié des hôpitaux ne faisaient aucun contrôle de ces infections, ne sachant pas quel patient avait un cathéter, ni encore moins combien de temps. Pourtant, prévenir ces infections qui comptent pour 30% de l’ensemble des infections nosocomiales, est relativement facile et permet à l’hôpital de diminuer considérablement ses coûts surtout qu’elles font partie des infections non remboursées par le Medicare (puisqu’on peut les prévenir).
Les solutions gagnantes existent
Les solutions ne peuvent pas reposer sur les épaules du personnel de prévention. Prévenir et contrôler les infections nosocomiales requiert une approche globale de toute l’institution hospitalière : c’est une manière de gérer le risque qui doit être mise en place dans l’hôpital à tous les niveaux. Si certaines solutions sont très scientifiques et techniques, d’autres sont aussi simples que l’hygiène des mains et le nettoyage des locaux.
En mars 2009, à son congrès annuel, la Société pour l’épidémiologie des soins de santé d’Amérique (SHEA) a présenté des solutions de nettoyage des locaux pour réduire les taux de SARM
Immersion du chiffon nettoyant dans un seau plutôt qu’application du produit désinfectant sur le chiffon.
- Campagne de sensibilisation du personnel de nettoyage
- Utilisation des appareils à bioluminescence pour vérifier la désinfection des locaux.
Autre stratégies simples pour réduire les taux d’infection :
- utilisation cyclique, en rotation, des antibiotiques. Études menée par l’Université de Virginie (Surg Infect. 2008;9[4]:423-431) en 2008 qui a montré que l’utilisation alternée de 2 antibiotiques – la linezolide et la vancomycine – tous les 3 mois pour les infections à SARM du site opératoire réduisait la mortalité de 3.8 patients par an à zéro.
- Utilisation du gluconate de chlorexidine sur les pansements. Elle permet de réduire les taux d’infection des bactériémies associées au cathéter veineux central de 61%. Étude de Jean-François Timsit de l’université Joseph Fourier, France. (JAMA. 2009;301[12]:1231-1241)
- Utilisation du gluconate de chlorexidine en solution à 4% pour laver le patient a permis de réduire de 32% le nombre de patients colonisés par le SARM . On a également réduit le nombre de cas d’infections à enterocoques résistants à la vancomycine de 50%. (Crit Care Med2009;37[6]:1858-1865).
Selon le Dr Trish Perl, directeur du centre de contrôle et prévention des infections de l’Université John Hopkin, «trouver le bon désinfectant est tout aussi important que trouver le bon traitement antibiotique».
Toutes ces approches technologiques sont des supports à la mesure de base indisociable de la prévention des infections, l’hygiène des mains, tel que déjà démontré dans des articles précédents d’Oncology Nursing News.
Codifier les approches pour normaliser la lutte contre les infections nosocomiales c’est ce que font présentement de nombreux chercheurs. Le travail des équipes de prévention doit être intégré à un plan de lutte contre les infections de tout l’hôpital.
• Techniques de soins améliorées
• Procédures rigoureusement appliquées et contrôlées
• Technologies de pointe utilisées pour faciliter le travail du personnel comme les logiciels de surveillance électronique
• Méthode Toyota de contrôle du maintien des protocoles mis en place et de leur stricte application.
• Instauration d’une culture de la prévention et de la qualité des soins.
Aux États unis, la 3è semaine d'octobre est consacrée à la prévention des infections depuis le président Reagan: Une semaine de sensibilisation pour le grand public mais aussi le personnel de santé souvent mal formé.(voir AJIC, vol 37, issue 8,page 613-614).
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