Jean Carlet, consultant pour l'OMS, fait le point, dans un article du Monde, sur la nécessité de repenser l'utilisation des antibiotiques sous peine de laisser le champ libre au développement des bactéries résistantes et aux maladies infectieuses, fléau qui revient hanter les hôpitaux du monde entier.
L'augmentation des infections dans les hôpitaux de tous les pays du monde est un danger majeur de santé publique de plus en plus dénoncé. Cette augmentation est intimement associée à celle des bactéries multi résistantes (BMR) - Staphylocoque, C.difficile, ERV etc. - qu'il devient de plus en plus difficile et coûteux de traiter. Les antibiotiques qui semblaient avoir permis d'eradiquer les maladies infectieuses perdent du terrain devant ces résistances bactériennes et les médecins se retrouvent dans un cul-de-sac pour traiter leurs patients. La sur -utilsation des antibiotiques est en partie à l'orgine de leur perte d'efficacité, les bactéries ayant la grande capacité de s'adapter rapidement à leur «prédateur».
Avant de trouver de nouvelles parades aux bactéries pathogènes, il est impérieux de repenser l'utilisation des antibiotiques dans une perspective de responsabilitsation citoyenne des soignants, comme des soignés: moins prescrire et moins réclamer.
De nombreux patients ont besoin de ces précieux antibiotiques pour guérir.
«Tous les prescripteurs, médecins, pharmaciens, vétérinaires, doivent être parfaitement conscients du risque et de la responsabilité qu'ils prennent en prescrivant des antibiotiques, et réaliser que cette classe de médicaments est tout à fait particulière, et extrêmement précieuse. Cette responsabilité est à la fois individuelle, et collective. Les patients, et les citoyens français doivent être informés, et n'utiliser ces médicaments qu'à bon escient, et exclusivement sur prescription médicale, pour une durée courte, et bien déterminée.»
Mentionnons qu'en Europe, depuis 3 ans existe une campagne de prévention «les antibiotiques, ce n'est pas automatique» largement suivie par la majorité des pays. La Suède est un des pays où les prescriptions d'antibiotiques sont très contrôlées depuis plusieurs années avec comme conséquences, beaucoup moins d'infections nosocomiales. Le taux de SARM y avoisine le zéro. La France, grosse consommatrice d'antibiotique, a réussi en un an à faire baisser le taux de consommation de 35%.
Ici au Québec, nulle statistique ou étude ne permet de savoir quel est le taux de consommation des antibiotiques dans nos hôpitaux ou en médecine familiable. Par contre, on estime à 10% le nombre de patients contractant une infection à l'hôpital, ce qui est un taux élevé. En France, le taux est de 4,9%. Il ne faut pas oublier que les antibiotiques sont des médicaments coûteux et que réduire la consommation aurait des effets bénéfiques sur la capacité de mieux contrôler les infections mais aussi de baisser les couts astronomiques des soins.
Jean Carlet, consultant pour l'OMS, ancien président du Comité technique national des infections nosocomiales (CTIN)
| < Précédent | Suivant > |
|---|




