Genève, 28 et 29 juin 2011 - La résistance aux antibiotiques d'un nombre croissant de bactéries conduit directement la médecine à un cul-de-sace thérapeutique: certaines infections deviennent tellement virulentes que les médecins sont incapable des les guérir n'ayant plus aucun antibiotique efficace à leur disposition. C'est le message réaliste tenu par 70 spécialistes venus de 33 pays, lors du 3è Forum international sur les infections nosocomiales, qui vient de se tenir à Genève. Il faut agir sans plus tarder! En conclusion du Forum, un plan de 12 actions prioritaires a été proposé.
Dans un contexte où le processus de développement de nouveaux antibiotiques est pratiquement au point mort, la résistance des bactéries s'est amplifiée à cause de l'utilisation massive et inappropriée d'antibiotiques, non seulement en santé humaine, mais aussi en santé animale. Le traitement de certaines infections courantes est en voie d'être compromis. Le succès des traitements immunosuppresseurs et des interventions chirurgicales (transplantations d'organe, chirurgie cardiaque), qui sont associés à un risque élevé d'infection bactérienne, pourrait être remis en cause.
Sauvegarder l'efficacité des antibiotiques rentre désormais dans le champ du développement durable.
S'inscrivant dans la continuité des appels et propositions émanant des grands organismes nationaux et internationaux (OMS, ECDC, IDSA, CDC, etc.), les participants du Forum ont identifié les domaines d'actions prioritaires pour lutter contre la propagation des bactéries résistantes et proposent dans l'immédiat 12 recommandations très concrètes à mettre en place à court et moyen terme afin de pouvoir lutter tous ensemble, efficacement, contre ce fléau.
Actions prioritaires à mener par les autorités de santé
- N'administrer aux animaux que les antibiotiques non utilisés en médecine humaine, et ceci uniquement pour des actions thérapeutiques. Il est essentiel de réserver à la médecine humaine les classes d'antibiotiques les plus importantes.
- Bannir, dans tous les pays, l'utilisation d'antibiotiques dans l'alimentation des animaux pour accélérer leur croissance.
- Réglementer la vente des antibiotiques destinés à la médecine humaine, et interdire leur vente sans prescription médicale dans tous les pays du monde.
- Proposer aux organismes internationaux (OMS, Union européenne) une charte de bonne utilisation des antibiotiques, à faire signer par les ministères de la santé de tous les pays, qui s'engageront à la faire respecter.
Actions prioritaires au niveau des acteurs de la santé humaine et des vétérinaires
- Mettre en place, dans tous les pays, une surveillance standardisée de la résistance et de l'utilisation des antibiotiques et suivre l'émergence et la propagation de nouvelles résistances bactériennes.
- Inclure, dans le cursus des études médicales et vétérinaires, une solide formation sur la résistance bactérienne et l'utilisation raisonnée des antibiotiques et instaurer des programmes de formation continue des personnels de santé, tenant compte des spécificités culturelles de chaque pays.
Actions prioritaires au niveau de la population
- Développer des campagnes d'information destinées au grand public, adaptées aux particularités locales, montrant la nécessité de protéger les antibiotiques et donc de limiter leur utilisation aux seules indications nécessaires.
- Enseigner les mesures d'hygiène fondamentales telles que le lavage des mains, pour prévenir les infections. Un renforcement des équipements sanitaires permettant notamment d'éliminer les bactéries résistantes présentes dans les eaux usées semble indispensable.
- Associer les représentants des consommateurs à l'élaboration et la mise en ?uvre de plans d'action.
Actions prioritaires au niveau de l'industrie
- Développer des tests de diagnostic rapide, utilisables au chevet du patient ou chez le médecin, afin de guider la prescription des antibiotiques, et d'éviter leur prescription lorsque l'infection est d'origine virale.
- Stimuler la recherche et le développement de nouveaux antibiotiques.
- Développer de nouveaux modèles économiques, conciliant les intérêts de santé publique et les exigences de rentabilité de l'industrie.
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