Télé-Québec, émission «Une pillule, petite granule» sur les mesures pour éviter les infections nosocomiales à l'Institut de Cardiologie de Montréal - 31 mars 2011.
«Selon Richard Marchand, microbiologiste et infectiologue, la principale cause des infections nosocomiales réside avant tout dans les comportements humains inadéquats ou déviants. On sait, par exemple, que dans les hôpitaux, 50 % des gens sortent des toilettes sans se laver les mains....Les médecins, comme tout le personnel infirmier, ont l’obligation professionnelle de se laver les mains avant de passer d’un patient à l’autre. Mais, dans les faits, les professionnels de la santé ne le feraient qu’une fois sur quatre.»Selon lui au moins 75% des infections nosocomiales peuvent être évitées. Toutes les plus récentes études des associations professionnelles de spécialistes en microbiologie (infectiologues) confirment ce que dit le Dr. Marchand.
L'émission fait le point sur les principaux aspects de la prévention des infections. Les moyens existent. La prévention doit fonctionner comme une chaine: chaque maillon est important. Tout manquement dans cette chaine peut infecter le patient inutilement. Si le risque zéro n'existe pas, on peut par contre avoir une tolérance zéro pour les conséquences du risque: en matière de prévention des infections, c'est la seule attitude valable si on veut préserver la sécurité des patients.
Par contre, l'émission ne met pas suffisamment en valeur l'importance de la responsabilité des directeurs d'hôpîtaux dans cette lutte qui ne doit absolument pas être laissée dans les seules mains du personnel de prévention des infections: tout le personnel de l'hôpital et les patients eux-mêmes doivent être mobilisés dans cette bataille de chaque instant. Le microbiologiste se nettoie les mains avant de toucher à un patient, mais si son collègue en charge de la maladie principale du patient ne le fait pas.... Si l'hôpital réduit ses coûts d'opération en réduisant les concentrations de produits nettoyants, si chaque lit de patient ou chaque civière n'est pas équipé d'un flacon de gel hydro-alcoolique, si la direction ne met pas en place un système d'audit pour contrôler la réalité du lavage des mains si les syndicats s'y objectent etc... La prévention est vraiment une chaine! Le ministère de la Santé Publique a aussi un rôle essentiel à jouer: le CINQ, Comité sur les Infections Nosocomiales du Québec démontre que les chambres partagées augmentent de 20% au moins le risque de contracter une infection (rapport d'août 2010) et que les coûts d'investissement dans des chambres privées avec salle de bain individuelle seraient rapidement compensés par les économies dans les coûts de traitement des infections. La norme internationale est d'ailleurs de 1 patient 1 chambre. Le Québec dispose de moins de 30% de chambres privées et très souvent les directeurs d'hôpitaux les transforment en chambre à deux faute d'espace. Bienvenue aux infections nosocomiales !
ADVIN rappelle que les infections nosocomiales font payer un lourd tribu aux patients du Québec et de tout autre pays où les mesures de prévention ne sont pas systématiques et permanentes. On estime le taux de ces infections à 10% soit un patient hospitalisé sur 10. Environ 4000 patients en meurent chaque année soit plus que les décès causés par le cancer du sein, le sida et les accidents de la route réunis. Certaines de ces infections graves laissent les patients dans des états lamemtables pendant des mois voire des années et souvent avec des invalidités permanentes.
Devant ces statistiques peu encourageantes, certains personnel de la santé - médical ou administratif - prétendent que si le nombre de ces infections semble important «toutes ne sont pas graves» - mais le personnel qui ne se lave pas les mains sait-il quelle infection va contracter le patient? - Par exemple, 30% des toutes les infections nosocomiales sont des infections urinaires causées la plupart du temps par des sondes gardées trop longtemps inutilement. Effectivement, ces infections sont moins graves en général: mais faut-il pour autant les tolérer?
En bout de ligne, ce sont les patients qui à double titre font les frais de cette molesse à régler le problème: 1/ lorsqu'ils contractent une maladie évitable et 2/ en temps que payeur des impôts qui financent le système de santé. Les infections nosocomiales augmentent énormément les coûts de traitement - à titre d'exemple, un cas de C.difficile coûte en moyenne presque 17 000$ par patient.
La coalition pour le cancer a finalement obtenu du gouvernement qu'il instaure un registre des cancers afin de pouvoir connaître en temps réel le nombre exact des cas. ADVIN demande qu'un tel registre soit mis en place pour les infections nosocomiales afin de connaître les taux exacts de ces infections en temps réel. On ne peut pas gérer correctement ce qu'on ne connaît pas. Savez-vous que la majorité des acteurs du milieu de la santé - médecins, spécialistes, directeurs d'hôpitaux et fonctionnaires du MSSS - s'objectent à un tel registre? Cela donne matière à réflexion.
| < Précédent | Suivant > |
|---|




